Une fille de Raqqa apprend à surmonter son traumatisme

04 octobre 2018

À l’âge de 9 ans, Rula doit assister à l’assassinat de son père par des islamistes dans la région de Raqqa. Ce traumatisme lui fait perdre l’usage de la parole. Accueillie dans le centre pour enfants de sœur Marie-Rose soutenu par CSI, Rula retrouve peu à peu confiance et se remet à parler.



C’est une ambiance festive qui règne dans la cour de l’ancien couvent jésuite de Tartous, sur la côte méditerranéenne de la Syrie. Une douzaine d’enfants s’essaie à la ronde de la dabkeh (danse traditionnelle). Un autre groupe est assis autour des tables et fait de la peinture à l’eau, tandis que dans les pièces voisines, des enfants apprennent l’arabe, l’anglais et les mathématiques.

Mais derrière ces visages joyeux se dissimulent la souffrance et la tristesse. Sœur Marie-Rose raconte : « Ces enfants ont fui avec leurs familles des zones de guerre pour venir à Tartous, une ville plus sûre ; la plupart d’entre eux souffrent de traumatismes de guerre, ils ont des cauchemars, sont agressifs et ont des difficultés d’apprentissage. »

Une enfance insouciante

Le destin de Rula, une fille de 14 ans, est particulièrement douloureux ; elle vient d’Al-Tabka, une localité située à environ 45 kilomètres de Raqqa, l’ancien fief de l’État islamique (EI). Au cours de la guerre, elle a arrêté de parler et semblait vouloir se cloîtrer à jamais dans le mutisme. Sœur Marie-Rose a entendu l’histoire tragique de sa famille par la bouche de la maman de Rula :

Rula menait une enfance heureuse à Al-Tabka. Elle fréquentait l’école primaire, jouait avec son frère aîné et suivait des cours de danse. Sa famille avait une assez bonne situation : le père de Rula, Abu Ahmed, travaillait comme technicien pour le compte de l’État sur le barrage de l’Euphrate. Son oncle était membre de la direction de la société du barrage. Des populations de divers horizons religieux et ethniques cohabitaient en paix à Al-Tabka.

La brusque fin de l’enfance

En 2013, Raqqa et Al-Tabka ont été la cible d’un groupe terroriste islamiste, qui voulait prendre le contrôle du barrage. À cet effet, les islamistes ont jeté leur dévolu sur les employés de l’État parmi lesquels figuraient le père et l’oncle de Rula.

Le 5 septembre 2013, Abu Ahmed a reçu un appel téléphonique de la part des extrémistes. Ces derniers exigeaient des informations sur le lieu de résidence de son frère en lui posant un ultimatum. Au cas où il ne coopérerait pas, ils le tueraient, lui et sa famille.

Quatre jours plus tard, depuis la fenêtre de sa cuisine, Abu Ahmed les a vus débarquer : un groupe d’hommes armés et enturbannés assis dans quatre jeeps. À ce moment-là, son épouse et son fils se trouvaient chez des voisins, alors que Rula venait de rentrer de l’école. Abu Ahmed a immédiatement appelé son frère et ses amis à l’aide, mais les hommes avaient déjà encerclé la maison. Désespéré, il a caché Rula sous un lit et a saisi son fusil. Mais Abu Ahmed n’avait aucune chance face aux islamistes : une balle l’a touché droit au cœur. À ce moment-là, ses amis ont pu entrer dans la maison et les agresseurs se sont enfuis.

Rula a 9 ans lorsqu’elle voit son papa mourir, et depuis ce jour, elle arrête de parler.

Une semaine plus tard, la mère et les enfants parviennent à quitter Al-Tabka avec l’aide de leurs amis. Ils doivent se traîner à travers le désert sur douze kilomètres avant d’atteindre l’autoroute qui mène à Alep. Depuis là, ils se rendent à Tartous.

Retour à une vie normale

Sœur Marie-Rose a appris à connaître Rula et sa famille lors d’une visite aux logements pour réfugiés de Tartous ; elle se souvient : « La famille était dans un état lamentable ; elle vivait dans une minuscule pièce aux murs moisis et sans fenêtre. Rula était assise sur un matelas, l’œil hagard. Ma présence ne l’a même pas fait tourner la tête. » Sœur Marie-Rose apporte des aliments et des meubles à la famille et décide de donner tout son amour pour s’occuper intensivement de Rula.

C’est ainsi que cette fille traumatisée a commencé à fréquenter le centre d’enfants. Sœur Marie-Rose poursuit : « Au début, elle ne parlait pas et se cachait lorsqu’il y avait du bruit ; un jour, elle m’a apporté une cartouche de fusil qu’elle avait trouvée dans la rue… en guise de cadeau ! C’était une façon de partager sa souffrance. »

Il a fallu plus d’une année pour que Rula accorde sa confiance à sœur Marie-Rose, à son équipe et aux enfants du foyer. Aujourd’hui, elle sait lire et écrire et parle à nouveau. Rula a pris une grande place dans le cœur de sœur Marie-Rose qui s’exclame : « Maintenant, elle m’apporte des fleurs plutôt que des cartouches. »

CSI


Souvenirs de sœur Marie-Rose

Rula et Mahmud sont deux des quelque trois cents enfants qui participent à des programmes de formation et de loisirs pour les enfants de réfugiés à Tartous. Sœur Marie-Rose organise ces activités avec une grande équipe. CSI participe aux frais (salaires, matériel scolaire, alimentation, loyers et transports).

Le livre de sœur Marie-Rose, paru en français en septembre 2018, recèle plusieurs histoires d’enfants réfugiés ; on y trouve par exemple l’histoire du vendeur de chewing-gum Mahmud, d’Alep, qui a perdu son papa, ou encore celle de Fatima, accablée par la tristesse, mais qui retrouve goût à la vie après une rencontre. Le livre de sœur Marie-Rose donne un aperçu passionnant de son quotidien. Au milieu de la guerre, elle a appris l’art de redonner espoir à ses semblables avec amour et dévouement.

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René Ganser

J'ai été très touché par l'histoire de Rula et sa famille, j'admire des gens comme soeur Marie-Rose . Ce que soeur Marie-Rose fait journellement pour toutes les victimes de ces infamies islamiques, avec les moyens dont elle dispose relève du don de soi et un jour elle sera récompensée par notre Seigneur.


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