• Syrie

Un pays marqué par la guerre, les sanctions et le Covid-19

24 octobre 2020

Le pasteur Haroutune Selimian d’Alep est le président de la Communauté évangélique arménienne en Syrie. Avec CSI, il s’emploie inlassablement à aider les chrétiens de son pays afin qu’ils survivent à la guerre, à la crise économique et désormais à la pandémie.




Signez la carte d’encouragement destinée à nos invités qui ont dû renoncer à venir à la Journée CSI à cause de la pandémie !

Kakreh Moo
Pascale Warda
John Bakeni
Haroutune Selimian
via :
CSI-Suisse romande
Könizstrasse 176
3097 Liebefeld




Dear Kakreh Moo, Pascale Warda, Father John Bakeni and Rev. Haroutune Selimian

Our sincere thanks for your selfless and courageous work on behalf of Christians and other religious minorities in your country. We are in awe of your great dedication to those persecuted for their faith and mindful of the risks your commitment entails.

We pray for protection for you and your family. May God richly bless you and give you strength to continue your valued ministry. We very much hope to see you at a CSI Open Day in the future.

Kind regards

Chers Kakreh Moo, Pascale Warda, Père John Bakeni, Haroutune Selimian

Nous vous remercions de tout cœur pour votre engagement désintéressé et courageux en faveur des chrétiens et des membres d’autres minorités religieuses de votre pays. Nous avons de la peine à réaliser votre dévouement pour ceux qui sont persécutés à cause de leur foi et les risques que vous prenez en accomplissant votre travail exigeant.

Nous prions afin que Dieu vous protège, vous et votre famille ; qu’il vous bénisse richement et continue à vous donner la force pour votre précieux ministère. Nous espérons que vous pourrez participer à une Journée CSI de ces prochaines années.

Cordiales salutations


* case obligatoire



CSI : Qu’est-ce qui vous a poussé à entrer au service de l’Église ?

Haroutune Selimian : À l’âge de 19 ans, j’ai accepté Jésus-Christ comme mon sauveur personnel. Ensuite, en constatant les injustices subies par mon peuple, j’ai acquis la conviction que je devais agir pour y remédier. J’ai réalisé que les jeunes n’avaient aucune possibilité pour suivre une formation solide et que les Arméniens ainsi que d’autres minorités souffraient de discrimination sociale.

Je crois que Dieu m’a appelé à pratiquer la justice, à montrer son amour à autrui et à le servir de tout mon cœur. Cela n’a jamais été un chemin facile, mais aujourd’hui comme il y a trente ans, je suis certain d’avoir reçu cette vocation.

Donnez-nous quelques détails sur votre communauté, les évangéliques arméniens de Syrie.

Notre communauté est l’une de trois institutions chrétiennes arméniennes, les deux autres étant l’Église apostolique arménienne et l’Église catholique arménienne. La majorité de notre communauté est constituée de descendants des Arméniens qui ont fui l’Anatolie pour se réfugier en Syrie au cours du génocide qui a commencé en 1915. Alep était la première station pour ces réfugiés. La ville est devenue le centre de la communauté évangélique arménienne en Syrie.

Depuis le premier jour de leur séjour dans le pays, les réfugiés arméniens ont construit de nouvelles églises et des écoles, avant même de bâtir leurs propres maisons. Ce choix est typique de la manière de fonctionner des Arméniens. L’Église est au centre de notre vie communautaire. Nous trouvons notre identité dans notre communauté ecclésiastique et dans les promesses de Dieu constamment valables données à son peuple.

Comment votre communauté à Alep a-t-elle vécu les années 2012-2016 qui ont vu la guerre entre les rebelles et les troupes gouvernementales avec son cortège d’atrocités ?

Vous ne pouvez pas imaginer cela. C’était inhumain : presque chaque famille a dû subir une grande perte… son travail, son habitation ou des pertes humaines. Les parents ont dû enterrer leurs enfants dans la rue ou dans le jardin parce qu’il était bien trop risqué de se rendre au cimetière. Je ne peux pas me représenter une chose pire que ce que j’ai vu !

Les Arméniens sont toujours restés fidèles à la Syrie, mais ils avaient des difficultés particulières du fait de leur appartenance à une minorité. De nombreux rebelles soutenus par la Turquie se battaient dans les zones frontière de la Syrie, à proximité d’Alep. Ils savaient quels quartiers nous appartenaient et les prenaient pour cible. Au cours de la guerre, des dizaines de milliers d’Arméniens ont fui Alep. Avant la guerre, 80 000 Arméniens vivaient à Alep et il n’en reste aujourd’hui qu’environ 12 000.

Comment avez-vous réagi à cette souffrance, vous et votre Église ?

Au cours de la guerre, mon Église a mis en place une clinique pour soigner les malades et les blessés. Nous sommes très fiers de cette réalisation. Notre église se trouve dans une partie de la ville où les musulmans, les chrétiens, les Arabes, les Kurdes et les Arméniens cohabitent. Les spécialistes médicaux de notre clinique ne faisaient pas acception de personne, que ce soit pour des raisons religieuses ou ethniques.

Quelle est la situation depuis que le gouvernement a repris le contrôle d’Alep en 2016 ?

Elle est extrêmement difficile. Entre 2016 et 2019, les rebelles ont régulièrement attaqué la ville : ils creusaient des tunnels sous les quartiers pour déboucher dans des zones où ils commettaient des attentats à la bombe. Ces attaques ont détruit une grande partie du réseau d’eau. Actuellement, nous souffrons surtout de la situation économique catastrophique. Les jeunes ne semblent pas avoir d’autre perspective que de s’engager dans l’armée. Il y a donc un véritable exode de la jeunesse.

Qu’en est-il du Covid-19 à Alep ?

Au cours des dernières semaines, nous avons eu une flambée de cas mortels. Selon des estimations, il y a actuellement 350 000 personnes contaminées par le virus à Alep. Ce qui est dramatique, c’est qu’il n’existe pratiquement plus d’hôpitaux dans la ville à cause de la guerre et que les malades ne peuvent pas être pris en charge. Ainsi, le mois passé, septante-cinq médecins syriens sont décédés, dont six à Alep en un seul jour.

Les donateurs de CSI nous ont beaucoup aidé dans cette crise. Grâce à leur soutien, nous avons pu informer les gens, distribuer des masques et des médicaments et nous occuper des familles isolées à la maison tandis que des membres de leur famille étaient à l’hôpital.

Quelles conséquences ont les sanctions économiques imposées par les USA et l’Europe ?

Le mythe que les sanctions visent les autorités gouvernementales et épargnent le peuple est un vaste mensonge ! Les sanctions n’ont aucune conséquence fâcheuse pour les autorités. Non seulement ceux qui sont à la tête de l’État sont assez riches pour ne pas être inquiétés, mais pire encore, ils ont souvent leur propre réseau commercial. Et quoi qu’il en soit, ils ne s’inquiètent pas de perdre ou de gagner un million. La véritable victime des sanctions, c’est le peuple syrien.

Nous ne pouvons pas acheter de matériaux de construction pour reconstruire nos hôpitaux et nos maisons. Nous sommes incapables d’importer des masques. Il y a aussi le problème de l’inflation : en été 2013, on obtenait encore 1 dollar pour 335 livres. Aujourd’hui, il faut 2 200 livres pour obtenir 1 dollar. Les sanctions font que le salaire des Syriens n’a plus aucune valeur. Honnêtement, la situation économique est plus grave que durant la guerre.

Merci beaucoup, pasteur Selimian. Soyez assuré de nos prières et de notre solidarité !

Je vous remercie. Que Dieu vous bénisse !

Joel Veldkamp

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