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Spoliée de son enfance

29 juin 2016

Au plan mondial, l’Inde caracole en tête des pays pratiquant la traite d’êtres humains. Chaque année, ce sont quelque 400 000 enfants et jeunes qui sont portés disparus. Nos partenaires sur place se battent sans compter pour protéger les victimes.



Les statistiques donnent un chiffre alarmant : 27 millions de personnes sont victimes de la traite d’êtres humains en Inde. Ce pays domine ainsi le palmarès mondial du trafic d’êtres humains.
Avec Me Parul Singh et son équipe, CSI a trouvé des partenaires de mission énergiques, engagés et parfaitement compétents. Depuis début 2013, CSI travaille avec elle dans l’État du Jharkhand pour lutter contre la traite d’êtres humains : chaque année, environ 33 000 personnes sont la proie de ce trafic odieux. Parmi eux, on trouve une majorité de jeunes. Heureusement, grâce à un travail de prévention intensif ainsi que par des actions de libération, de réhabilitation et de défense juridique, un grand nombre d’Indiens a pu être protégé de ce destin sordide. 

Leurrée par une amie

Shoba fait partie de ces victimes libérées. Cette fille de 14 ans vivait dans des conditions misérables au cœur d’une région isolée de l’État du Jharkhand. Son père était alcoolique et sa mère s’absentait fréquemment pour gagner de quoi nourrir sa famille. Dans une telle situation de précarité, de nombreux enfants et jeunes sont, partout dans le monde, une proie facile pour les trafiquants d’êtres humains. Malheureusement, ce sont souvent des connaissances ou des proches de la famille qui en profitent. C’est ainsi qu’un jour, une connaissance de Shoba lui a proposé un travail à Delhi. Les parents, tout heureux de pouvoir compter sur un revenu supplémentaire, n’ont rien fait pour la retenir.

Livrée à des inconnus

Shoba doit rapidement déchanter : à peine arrivée à Delhi, son « amie » la livre à de sinistres inconnus qui l’enferment pendant trois jours et la violent à plusieurs reprises. « J’étais complètement choquée et je ne savais pas ce qui m’arrivait. » Elle est ensuite transférée dans une famille de Mumbai, où elle doit travailler comme domestique de 6 heures du matin jusqu’à minuit. Cette captivité est un cauchemar absolu. Elle est fréquemment harcelée sexuellement et maltraitée, comme de nombreux employés de maison en Inde. Pendant ce temps, la mère de Shoba est prise de désespoir et se met à la recherche de sa fille. Mais elle n’a aucune nouvelle, comment la trouver ? 

La fin du cauchemar

Un beau jour, une connaissance de la maman entend parler du travail effectué par les partenaires CSI. Le réseau bien organisé est donc activé avec succès et Shoba peut être libérée de son cauchemar après 2 ans. Elle peut retourner à la maison et se trouve enfin en sécurité. Par contre, ses deux années de calvaire ont laissé des traces profondes en elle et Shoba doit surmonter son traumatisme. Par ailleurs, le retour dans son village est difficile : plusieurs villageois la rejettent, car, dans la culture indienne, une fille violée est un objet d’opprobre.
Finalement, la famille décide de déménager dans une autre région, où Shoba peut exercer un petit travail à la demande. 

Le poids du système des castes

La brutalité des employeurs s’explique largement par la culture indienne qui divise la population en différentes castes. Certes, cette stratification sociale est abolie par la Constitution indienne de 1950, mais la société fonctionne encore largement selon ce système. Lorsqu’un employeur appartient à une caste supérieure à celle de son employé, cela lui confère de facto un passe-droit pour le traiter comme un esclave.

Emprisonnées durant 25 ans

L’exemple de la libération de Sunita et de Silvanti illustre bien les abus dont sont victimes les Indiens appartenant aux castes inférieures. Ces deux filles ont été enlevées à l’âge de huit ans, alors qu’elles se rendaient à l’école. Elles ont été tenues captives comme domestiques dans une région isolée et n’ont eu aucun contact avec le monde extérieur. Leurs parents savaient où elles se trouvaient, mais la police est restée passive. En effet, en tant que membres d’une caste inférieure, ils n’ont pas réussi à obtenir l’aide de la police. 

L’importance des groupes d’entraide locaux

Heureusement, les mères de Sunita et de Silvanti ont entendu parler du travail de libération de CSI en fréquentant un groupe d’entraide animé par nos partenaires locaux. C’est ainsi que les 2 jeunes femmes ont pu être libérées après 25 ans de calvaire ! À leur retour, il leur a été difficile de s’intégrer dans leur village, car elles étaient considérées comme des étrangères et devaient réapprendre à vivre « normalement ». 
Entre-temps, elles ont réussi à bien s’intégrer et envisagent même de se marier bientôt. Malgré leur passé, les futurs maris se réjouissent beaucoup, ce qui d’ordinaire est loin d’être évident : dans la culture indienne, une femme avec un passé si sombre n’a guère de chance de trouver un mari. Or les femmes célibataires sont généralement considérées comme des proies faciles.
Grâce à l’engagement efficace des partenaires de CSI sur place, plus de 60 personnes ont été libérées de la traite d’êtres humains. Plusieurs d’entre elles se rétablissent peu à peu de leur traumatisme dans des centres de réhabilitation. Nos partenaires effectuent aussi un travail de prévention visant à informer les Indiens, afin d’éviter que des victimes potentielles ne tombent entre leurs mains.
Inés Wertgen, responsable de mission pour l’Inde

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