Libres après de terribles humiliations

05 août 2018

Lors de chaque action de libération, CSI libère environ quatre cents esclaves sud-soudanais. Chacun a vécu des expériences traumatisantes, comme c’est le cas pour Achok Deng Athian et Deng Deng Magoot.



Achok Deng Athian ne se souvient plus dans les détails de son enlèvement, car elle était encore une enfant lorsque les milices Janjawid arabes l’ont capturée et déportée dans la partie musulmane du Soudan. Elle a donc grandi comme étrangère auprès de son maître Ali, qui habitait avec son épouse et ses cinq enfants dans le village d’Adiela. Dès qu’Achok put tenir un balai, elle dut régulièrement effectuer des travaux ménagers, nettoyer la maison et laver les vêtements. Apporter des bidons remplis d’eau faisait aussi partie de ses tâches, même si, étant une enfant, ce travail était beaucoup trop lourd pour elle.   

Violée et maltraitée

Un peu plus âgée Ali, son maître, a commencé à la violer. « Il l’a fait encore et toujours », raconte-t-elle sobrement à l’équipe de CSI après sa libération. Elle a aussi été forcée de se convertir à l’islam et de suivre sévèrement les règles religieuses. Les insultes et les humiliations étaient monnaie courante ; elle entendait régulièrement dire que les gens du Sud étaient des animaux et non des humains. « Je me sentais tellement misérable et humiliée que je pleurais chaque jour. J’espérais de tout cœur que je trouverais une occasion pour retourner un jour dans mon pays », explique-t-elle.

La libération inattendue

Et le miracle se produit ! Achok se souvient qu’un matin, l’épouse d’Ali l’avait battue cruellement pour une raison futile. Découragée et effrayée, Achok s’était assise devant la maison et pleurait amèrement lorsqu’un un étranger est passé et lui a demandé pourquoi elle était triste. « Je lui ai raconté tout ce qui s’était passé et combien je souffrais d’être esclave. » À sa grande surprise, l’homme lui a dit qu’il pouvait l’aider, si elle voulait rentrer au Soudan du Sud. Les yeux d’Achok se sont illuminés : elle ne désirait rien d’autre que cela !

Cet homme – qui était le libérateur d’esclaves – a rencontré ensuite Ali pour les négociations. Achok ne pouvait croire à son bonheur, lorsque le libérateur est revenu vers elle et lui a dit de le suivre vers son campement où elle rencontrerait d’autres esclaves libérés. Puis le groupe partit en direction du Soudan du Sud ; ce trajet dura plusieurs jours et n’était pas sans danger. Mais Achok ne pouvait que se réjouir. En outre, elle et les autres Dinka étaient traités avec respect par le libérateur… chose qu’elle n’avait encore jamais vécue dans sa vie d’esclave. Ils reçurent de nouveaux vêtements et peut-être, pour la première fois depuis de nombreuses années, assez à manger. « Je suis si reconnaissante d’être libre et de pouvoir vivre dans ma patrie », se réjouit Achok qui partage son bonheur avec l’équipe de CSI. Cependant, elle n’oublie pas de mentionner tous les esclaves dinka encore asservis au Soudan.

 « La vie d’esclave était une grande torture »

Au début des années 1990, Deng Deng Magoot (35 ans) avait également été enlevé par des milices soudanaises et emmené au Nord. La vie comme esclave était pour lui une véritable torture. Il raconte : « Je devais me nourrir des restes de nourriture de la famille. Mon maître Ibrahim Abdulay ne me donnait pas de vêtements ; lui et ses deux épouses ironisaient que les Dinka ne portaient pas d’habits. Ainsi, je devais chaque jour garder les vaches avec mes lambeaux. Un matin, lorsque je suis allé dans la forêt avec le troupeau, j’ai été surpris par cinq jeunes Arabes. Ils ont voulu me violer, mais je réussis à m’enfuir. Ils n’ont, heureusement, pas pu me rattraper.  

« Lorsqu’un autre jour, je suis rentré des pâturages, quatre vaches manquaient. Mon maître s’est mis en colère et m’a roué de coups avec un gros bâton avant de me ligoter et de m’enfermer dans les latrines pour le reste de la journée. Il m’a menacé de me jeter dans le cloaque si je devais perdre encore une seule vache. J’ai eu une peur bleue.

« Dieu m’a ouvert une nouvelle porte lorsqu’un libérateur d’esclaves m’a rencontré lorsque je gardais le troupeau. J’ai été très surpris lorsque cet homme m’a demandé si je voulais l’accompagner au Soudan du Sud. Évidemment, j’ai dit « oui » et l’ai supplié de m’aider. Il s’est adressé à Ibrahim, lui a parlé et m’a ensuite emmené vers son campement où d’autres esclaves dinka attendaient. Après une marche de plusieurs jours, nous avons enfin atteint mon pays que je n’avais plus revu depuis vingt-six ans. Merci de m’avoir libéré ! »

Reto Baliarda

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Mission Soudan du Sud