Les États-Unis et la Russie doivent coopérer pour préserver le pluralisme au Moyen-Orient

04 octobre 2018

« Qu’il y ait encore une forme de pluralisme au Moyen-Orient aujourd’hui tient du miracle », a déclaré le professeur libanais Habib Malik hier à Zurich lors d’une conférence sur l’impact des grandes puissances sur le pluralisme socio-religieux organisée par Christian Solidarity International.



Le professeur Habib Malik de la Lebanese American University a présenté de façon détaillée l’histoire récente des interventions étrangères au Moyen-Orient, tout en rejetant catégoriquement la conviction que les puissances occidentales et autre acteurs impériaux seraient les principaux responsables des crises perdurant dans la région et de la souffrance des minorités non musulmanes, une conviction largement défendue par les milieux politiques du Moyen-Orient ainsi que par certains universitaires occidentaux.

Selon le professeur Malik, les restrictions tant des libertés individuelles que collectives au Moyen-Orient seraient principalement dues à des attitudes de rejet de l’altérité profondément ancrées dans les sociétés islamiques. Il a mentionné en particulier le système de la dhimmitude, selon lequel les non-musulmans sont considérés comme des citoyens de deuxième classe. « La dhimmitude n’est pas une formule de tolérance visant à terme une acceptation ; au contraire, elle mène tout droit à une liquidation préméditée et implacable. » Ce système a conduit, selon lui, a une « déshumanisation » des non-musulmans de la région.

Si les interventions impérialistes au Moyen-Orient ont nui à ces communautés, a déclaré le professeur Malik, c’est parce que ces pouvoirs impériaux n’ont pas su « évaluer la fragilité de la situation » de ces minorités non musulmanes, minorités qui ont dû se battre au cours des siècles pour leur survie.

À partir de la fin du xviiie siècle, la Grande-Bretagne, la France et la Russie étaient les principaux acteurs impériaux intervenant au Moyen-Orient, une région alors sous domination de l’Empire ottoman. Si, dans un premier temps, la Russie s’est donné pour mission de protéger les chrétiens orthodoxes de la région, elle a abandonné cet objectif au cours de sa période communiste. La Grande-Bretagne et la France, elles, ont occupé de grandes parties du Moyen-Orient après 1918, imposant des frontières arbitraires à la région sans se soucier de la forme des communautés préexistantes et important leur système d’État unitaire dans la région. Ces États unitaires, mal adaptés à la diversité socio-religieuse de la région, ont ouvert la porte à une série de dictatures militaires impitoyables.

Les États-Unis, quant à eux, n’ont pas amélioré ce bilan après avoir atteint le statut de superpuissance au cours du xxe siècle. Le professeur Malik a observé une attitude implacable dans l’establishment de la politique étrangère américaine à l’encontre du sort des minorités du Moyen-Orient. Il a mentionné en particulier le soutien des États-Unis aux dictatures autoritaires et fondamentalement intolérantes de la région, l’abandon des chrétiens libanais au pouvoir syrien dans les années 1980 et la destruction des communautés chrétiennes irakiennes dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine de 2003. Cette dernière, a noté le professeur Malik, a permis la montée en puissance de l’État islamique (EI), « le développement le plus dangereux » pour la survie du pluralisme socio-religieux au Moyen-Orient.

Le professeur Malik s’est montré malgré tout quelque peu optimiste quant aux chances qu’une nouvelle coopération américano-russe puisse protéger les minorités religieuses. Ces deux acteurs sont menacés par le terrorisme émanant du Moyen-Orient et se sont déclaré préoccupées par le sort réservé aux minorités religieuses de la région. Une « action conjointe coordonnée visant à renforcer le pluralisme religieux », a déclaré le professeur Malik, constituerait une « stratégie efficace » contre cette forme de radicalisme et pourrait constituer un « terrain d’entente » dans une relation par ailleurs mise à dure épreuve par les conflits en Syrie et en Ukraine, ainsi que par les allégations de cyber-attaques russes au cours des dernières élections américaines.

Pour le professeur Malik, tout effort en ce sens doit se faire en pleine conscience du fait que « la plupart des non-musulmans indigènes » subissent d’importantes pressions, tant sociales que politiques. Il a donc proposé comme solution la mise en place de systèmes de gouvernance fédérale qui, sans être une « panacée », seraient néanmoins mieux à même de préserver la diversité de la région et de garantir les droits de ses communautés. Et le professeur Malik de conclure : « L’ingrédient central pour un pluralisme vigoureux est la liberté. »

À propos de Habib Malik

Habib Malik est professeur d’histoire et de sciences de la culture à la Lebanese American University (LAU) à Byblos, Liban. Sa conférence du 2 octobre 2018 à Zurich était intitulée « Contemporary Imperial Actors and their Impact on Socio-Religious Pluralism in the Middle East ». Il est l’auteur de Islamism and the Future of the Christians of the Middle East et également l’un des contributeurs de The Future of Religious Minorities in the Middle East paru cette année sous la direction de John Eibner de CSI. Ce dernier livre se base sur une série de conférences éponyme qui comprend des exposés d’une vingtaine d’experts tenus en Suisse et aux États-Unis entre 2012 et 2017 (www.middle-east-minorities.com).

Vidéo de la conférence (en anglais)

Contact

Laurent Schlatter
info@csi-suisse.ch
031 971 11 45

Christian Solidarity International (CSI) est une organisation chrétienne humanitaire de défense des droits de l’homme pour la liberté de religion et la dignité humain.

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