Le succès économique : envers du décor

29 mai 2018

Quel est le vrai visage de l’Inde ? Dans la plus grande démocratie du monde, le contraste entre la prospérité économique et la violation de la liberté de religion est toujours plus marqué. Au sein d’un État multiculturel où l’économie est florissante, les minorités religieuses souffrent de plus en plus du nationalisme hindou.



En mars 2018, dans l’État de l’Uttar Pradesh, plus de vingt extrémistes hindous font irruption dans une église.

À ce moment, le pasteur Raj * et d’autres membres de l’Église font les derniers préparatifs en vue d’un baptême. Les hindous en colère lancent leur accusation habituelle : « Vous attirez les gens et vous les forcez à se convertir à votre foi chrétienne. » S’ensuivent des coups portés aux membres de la communauté. Un jeune homme de 25 ans est grièvement blessé à la tête, au visage, aux oreilles et aux organes génitaux. Aujourd’hui encore, il souffre beaucoup des séquelles de cette agression.

La liberté de religion est de plus en plus mise à mal

Les attaques pour motifs religieux telles celles qui ont eu lieu dans l’Uttar Pradesh augmentent de manière effroyable en Inde. Les membres des minorités religieuses vivent dans la crainte permanente d’être assaillis et tués par des extrémistes hindous.

Mais ces attaques pour motifs religieux ne sont guère connues en dehors de l’Inde. Cela ne tient pas du hasard. Le Premier ministre indien Narendra Modi se présente sous un jour moderne et jouit d’une réputation internationale toujours plus favorable, grâce à la croissance économique que connaît l’Inde depuis qu’il est au pouvoir.

Mais ce même Modi tolère et promeut l’extrémisme hindou. À l’occasion du forum économique de Davos (WEF) en février 2018, il a même eu l’honneur de faire le discours d’ouverture. Surprenant son auditoire, il a tenu son allocution en hindi et pas en anglais, marquant ainsi d’un signal clair sa prétention au pouvoir nationaliste hindou. Mais le progrès économique et le progrès social ne vont pas de pair, comme cela est démontré par la recrudescence notoire des attaques contre les minorités religieuses depuis 2014 (avant tout contre les chrétiens et les musulmans). En 2017, plus de 740 attaques contre des minorités religieuses ont été recensées. Mais le chiffre réel est nettement supérieur. Par ailleurs, il s’agit majoritairement d’agressions physiques pouvant aller jusqu’au meurtre, mais ce chiffre ne fait pas état des discriminations quotidiennes endurées par les minorités religieuses ni de la crainte dans laquelle elles vivent.

La peur, tous les jours

« On ne sait jamais si l’on va être agressé dans la rue, pendant un culte, chez soi ou pendant la nuit, durant notre sommeil. Nous souffrons beaucoup de ce danger omniprésent », déclare le chrétien Amit *. Ce qui est grave et inquiétant dans tout cela, c’est que la police reste souvent complètement passive et rend même souvent les victimes responsables des attaques.

Influence politique

Le parti gouvernemental auquel appartient le Premier ministre, le Bharatiya Janata Party (BJP), est pétri d’idéologie hindoue. Dans toute l’Inde, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent pour exiger qu’il ne reste plus que des citoyens hindous en Inde d’ici à 2021. Des politiciens du BJP placent des membres de leur parti à tous les échelons administratifs pour que cette idéologie puisse être appliquée ; ces politiciens excitent, avant tout dans les régions rurales, toutes sortes de groupuscules extrémistes, afin qu’ils discriminent et attaquent les minorités religieuses. Ces mouvements reçoivent souvent aussi de l’alcool, ce qui les désinhibe pour passer à l’attaque.

Les chrétiens sont également manipulés

Des élections régionales se tiendront dans tout le pays cette année. Or ces scrutins sont capitaux dans la perspective des élections nationales de 2019. À cet effet, les politiciens ne reculent donc devant aucun effort pour gagner des électeurs, souvent en ayant recours à des promesses infondées et des cadeaux. Même dans les deux États fédérés du Nagaland et du Meghalaya, où vivent plus de 75 % de chrétiens, ils font tout pour gagner des électeurs chrétiens. Les politiciens du BJP ont par exemple appâté les chrétiens en offrant un voyage à Jérusalem à 50 retraités chrétiens choisis chaque année.

Ce genre de cadeaux a poussé de nombreux chrétiens à voter pour leurs « opposants ». Finalement, dans ces deux États fédérés, le parti allié du BJP extrémiste hindou a gagné ; il a progressé par le truchement d’alliances faites avec de petits partis. Au Nagaland, il a même réussi à participer au gouvernement, malgré le fait qu’environ 90 % des habitants sont des chrétiens. Un pasteur de l’État fédéré de l’Odisha déclare : « C’est un choc pour nous de voir que même dans les États qui apparaissaient comme des fiefs rassurants pour les chrétiens de toute l’Inde, ce sont désormais des extrémistes hindous qui arrivent au pouvoir. »

Envers et contre tout

Nous entendons régulièrement des déclarations impressionnantes de chrétiens qui tiennent ferme en disant qu’ils réalisent, malgré leur souffrance, l’amour et la fidélité indescriptibles de Dieu et que rien ne peut être comparé à cela. Leur désir profond de partager son amour avec leurs prochains est plus grand que la peur de tout perdre ou même de mourir.

Inés Wertgen, responsable CSI pour l’Inde

* Nom d’emprunt


CSI aide en Inde

  • Assistance juridique pour les victimes de violences religieuses.
  • Numéro d’urgence pour les minorités religieuses menacées.
  • Collaboration avec un grand réseau d’avocats.
  • Exigence de l’égalité juridique pour les minorités religieuses.
  • Avocats au plan national et international.
  • Formation des citoyens quant à leurs droits.
  • Programmes visant à aider les victimes à s’assurer un revenu.
  • Campagnes de santé.
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