Le Premier ministre doit enquêter sur ces enlèvements

30 novembre 2018

Raymond Koh et Amri Che Mat ont disparu sans laisser de traces. Tous deux n’appartiennent pas à la majorité musulmane sunnite : le pasteur Raymond est chrétien et Amri est « soupçonné » d’être chiite. Selon une source indépendante, ces enlèvements sans lien entre eux auraient été commis par la police. CSI sollicite une enquête indépendante.



Le 12 mai 2018, tard dans la soirée, quelqu’un frappe à la porte de Norhayati Mohd Ariffin. Elle apprend enfin pourquoi son mari Amri Che Mat a disparu il y a déjà une année et demie. L’hôte nocturne se présente comme un policier nommé Shamzaini. Il affirme qu’il aurait lui-même participé à l’instruction contre Amri et serait maintenant pris de remords. Cela confirme ce que Norhayati supposait depuis longtemps : son mari aurait été enlevé par un commando de police.

Enlevé à cause d’un soupçon

Amri (45 ans) est travailleur social. Il a fondé une œuvre d’entraide en faveur des pauvres de l’État malaisien de Perlis. Il a disparu dans la nuit du 24 novembre 2016 et depuis lors, on n’a plus aucune trace de lui. Or la police ne semble faire aucun effort pour élucider ce mystère. Ce qui n’est pas étonnant car, toujours selon les dires du policier qui a soulagé sa conscience, l’enquête serait menée par des policiers qui sont en connivence avec le commando.

Le même informateur a également donné quelques lumières sur un second cas : celui de Raymond Koh, qui aurait été enlevé par le même commando qu’Amri. Shamzaini explique les griefs retenus contre ces deux hommes : « Amri est soupçonné d’être chiite et il pratique le commerce de devises », quant au pasteur Raymond, il est accusé d’avoir « détourné des musulmans de leur foi ». En d’autres termes : on veut l’empêcher de poursuivre son activité missionnaire.

Enlevé pour avoir évangélisé des musulmans

Le pasteur Raymond Koh (64 ans) est également travailleur social et fondateur d’une œuvre d’entraide : Harapan Komuniti. Cet organisme aide les mères célibataires et leurs enfants, les malades du SIDA et les prisonniers. En 2011 déjà, une fête de cette association avait été dispersée par la police et Raymond Koh avait été accusé d’évangéliser les musulmans. Mais aucune plainte n’avait été déposée.

Le pasteur Raymond a été kidnappé le 13 février 2017, en plein jour, dans un secteur un peu retiré. Grâce à des caméras de vidéosurveillance, on connaît exactement le déroulement de l’enlèvement : des personnes masquées à bord de trois véhicules tout-terrain noirs ont bloqué le véhicule du pasteur avant de l’en extirper puis de l’embarquer de force dans l’un des véhicules. Cette action a duré en tout et pour tout à peine une minute.

On n’a également aucune trace du couple chrétien Joshua Hilmy et Ruth Sitepu depuis novembre 2016.

Un mur de silence

Susanna Liew, l’épouse du pasteur Raymond, s’est rendue d’innombrables fois auprès de la police pour demander un éclaircissement de la situation. Elle a aussi interpellé l’inspecteur général de la police et le Premier ministre. En date du 8 octobre 2018, elle a adressé les mots suivants à CSI : « C’est une tragédie : six cents jours après l’enlèvement de mon mari, nous ne savons toujours pas où il se trouve ni ce qui lui est arrivé. À chacune de nos sollicitations, nous butons contre un mur de silence. »

Au lieu d’élucider cet enlèvement, la police fait tout pour le dissimuler ; au printemps 2017, soit, plusieurs mois après l’enlèvement, elle a ouvert une procédure pénale contre le pasteur Raymond pour avoir évangélisé auprès des musulmans. Lorsque la Commission des droits de l’homme de Malaisie (la Suhakam) a voulu examiner cette affaire, la police a entravé ses recherches en déposant une plainte contre un homme qui n’avait très vraisemblablement rien à voir dans cette affaire. En effet, il faut savoir que cette Commission des droits de l’homme mise en place en 1999 par le Parlement est compétente pour procéder à des enquêtes indépendantes, mais pas dans le cas de procédures en cours ou après des jugements ayant force de loi.

Dans son bulletin de juin 2018, CSI a lancé une action de solidarité en faveur de la famille Koh. Nos lecteurs ont envoyé en tout 383 cartes d’encouragement.

« Encouragez vos lecteurs à écrire au Premier ministre ! »

Susanna Liew nous écrit : « Merci beaucoup pour vos cartes et vos encouragements ; cela nous touche, ma famille et moi, de savoir qu’il y a tant de personnes en Europe qui se préoccupent du sort de mon mari. Il est bon de réaliser que beaucoup de personnes en Suisse compatissent à la souffrance des chrétiens d’autres pays et prient pour eux. S’il vous plaît, encouragez vos lecteurs à écrire au Premier ministre de Malaisie. C’est lui qui peut ordonner une enquête indépendante quant à des irrégularités policières. »

Adrian Hartmann


Pas de liberté de religion en Malaisie

L’islam sunnite, auquel appartient environ 60 % de la population, est la religion d’État. Les principales minorités religieuses sont les bouddhistes (env. 19 %, essentiellement des Chinois), les chrétiens (env. 9 %) et les hindous (env. 6 %, surtout des Indiens).

En Malaisie, la liberté de religion n’existe pas, bien qu’elle soit inscrite dans la Constitution. La Malaisie est l’un des rares pays qui n’ont pas signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) de l’ONU. Selon la loi, tous les Malaisiens de souche sont d’office considérés comme des musulmans. L’islam chiite est proscrit par la loi. Les chrétiens peuvent pratiquer leur foi, mais sont soumis à des restrictions, particulièrement quant à son exercice en public. Les non-musulmans n’ont pas le droit de convertir des musulmans à leur foi.


Cette vidéo montre l’enlèvement du pasteur Koh.

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