Jakarta – élections : meilleur score pour un chrétien, malgré le blasphème qu’on lui reproche

16 février 2017

Lors de la réélection du 15 février 2017, le gouverneur de Jakarta, capitale de l’Indonésie, a obtenu le meilleur résultat. Basuki Tjahaja Purnama, surnommé « Ahok », a atteint 43,08 %. Son plus grand concurrent et adversaire dans le deuxième tour de scrutin du 19 avril 2017, Anies Baswedan, a obtenu 40,14 % des voix. Ahok est chrétien et a été accusé de blasphème par des extrémistes musulmans, au cours de l’automne 2016.



Après les résultats du vote, Ahok s’est montré optimiste auprès de ses électeurs : « Il y a quelques mois encore, des sondages ont prédit que nous ne pourrions  même pas obtenir 20 % des voix. Mais les faits montrent le contraire : nous sommes en tête. Je remercie de tout cœur mes supporters. »

Influencer les élections par des accusations de blasphème

Les mauvaises prévisions évoquées par Ahok ne sont pas inventées. Ses plus grands adversaires, les islamistes ainsi que le Front de défense de l’islam (FPI), avaient réussi à monter de nombreux musulmans conservateurs contre Ahok. Le FPI avait déconseillé aux musulmans d’élire un non-musulman comme gouverneur. Mais Ahok avait encouragé les électeurs à se forger leur propre opinion. Ce faisant, Ahok avait évoqué le Coran, ce que ses adversaires ont considéré comme une offense à l’islam… pour l’accuser ensuite de blasphème.

Après deux manifestations massives de plusieurs centaines de milliers de musulmans réclamant une peine de prison pour Ahok, le gouverneur de Jakarta, d’origine chinoise, a dû comparaître une première fois le 13 décembre 2016. Au cas où il aurait été reconnu coupable, il aurait encouru une peine de prison de cinq ans. Fin 2016, un des plus grands adversaires d’Ahok, le dirigeant du FPI Habib Rizieq Shihab a également été dénoncé pour avoir offensé la foi chrétienne, lors d’un discours prononcé le 25 décembre 2016. Cet islamiste était au premier rang lors des manifestations contre Ahok. La « demande reconventionnelle » des catholiques autochtones contre lui montre que la brèche préoccupe toute la société indonésienne.

Malgré les attaques : meilleur résultat du vote

Peu après l’accusation, les résultats des sondages pour Ahok avaient fortement baissé. Pourtant le gouverneur chrétien a obtenu, le 15 février 2017, le meilleur résultat des trois candidats : il a pu réunir 43,08 % des voix, par contre son rival Anies Beswedan a obtenu 40,14 %. Le troisième candidat Susilo Bambang Yudhoyono n’a atteint que 16,78 % des voix.

Beswedan est proche des islamistes

Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité absolue de plus de 50 %, l’élection décisive aura lieu le 19 avril 2017 lors de laquelle Ahok affrontera Baswedan. Ce dernier a sans doute profité des accusations portées contre Ahok. Sa stratégie pour marquer des points auprès des musulmans conservateurs a réussi quand ces derniers ont protesté contre son plus grand concurrent. Baswedan a aussi déjà visité le quartier général du FPI islamiste et a participé aux manifestations contre Ahok.

Après l’élimination du musulman Yudhoyono, Baswedan pourra-t-il regagner du terrain de façon significative et triompher du chrétien accusé, Ahok ? Ce scénario n’est pas si invraisemblable, déclare Irine Gayatri, analyste politique à l’Institut indonésien des sciences : « Il est probable que la religion et la provenance ethnique joueront un grand rôle lors du second tour de scrutin. Il est bien possible que les voix de Yudhoyono se tournent vers Baswedan. »

L’issue est incertaine

Selon des experts, la défaite d’Ahok serait aussi un revers pour les dirigeants politiques et religieux modérés d’Indonésie. Parallèlement, ceci renforcerait les extrémistes musulmans. Ces derniers prétendent qu’un non-musulman n’a pas le droit d’être supérieur à un musulman. Mais Ahok qui partait perdant à cause des accusations de blasphème, a montré « de quel bois il se chauffait » en gagnant le premier tour de scrutin. On le croit donc capable de gagner l’élection du 19 avril 2017.

Le gouverneur apprécié

Jusqu’à présent, Ahok était très apprécié comme gouverneur de Jakarta. Il a amélioré le réseau routier de la ville et a résolu le casse-tête des inondations dans la capitale. Il a également planifié la construction d’un métro pour réduire le chaos de la circulation routière dans Jakarta. En outre, ce combattant engagé contre la corruption a la réputation d’être lui-même incorruptible. Le déplacement des habitants de bidonvilles fait partie des rares points qu’on puisse reprocher à la politique d’Ahok.

Reto Baliarda

 

Sources : Jakarta Post, Reuters, AP, Al-Jazeera, CNBC, Fides

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