Face à la mort pour de simples soupçons

27 septembre 2017

Chan a aujourd’hui 17 ans, mais il a déjà enduré des souffrances inimaginables. Alors qu’il était bébé, Chan a été enlevé et déporté avec sa maman. Il a survécu à la torture et il est libre aujourd’hui



Cela s’est sans doute passé en 2001. Chan était encore un bébé et ne se souvient pas du jour où il a été enlevé avec sa maman. Juste après leur arrivée au Nord (Soudan actuel), ils ont été livrés à leur maître, Mohammed Ali, qui habite dans le village de Muglad avec ses trois épouses et ses dix enfants.

Sa mère est probablement assassinée

Chan se souvient encore que sa maman a subitement disparu alors qu’il avait dix ans. Il ne sait toujours pas ce qu’il lui est advenu exactement. Il suppose qu’elle a été tuée, mais il n’a pas eu le temps de la pleurer… il devait s’occuper des troupeaux de son maître.

Pour Chan, le travail d’esclave était dur, mais sa vie est devenue un véritable calvaire en 2014. Il raconte : « Cette année-là, j’ai été envoyé dans la région de la rivière Kiir, à la frontière du Soudan du Sud, pour y trouver des pâturages et de l’eau pour le bétail avec d’autre Dinka asservis. Quelques jours après notre arrivée, quelques vaches ont disparu et nous avons tenté désespérément de les trouver dans le terrain peu accessible où nous nous trouvions, mais en vain. »

Explosion de brutalité

Les Arabes qui surveillent les esclaves sont hors d’eux. Ils accusent les esclaves d’avoir fait un complot avec les Dinka du Soudan du Sud. « Ils prétendaient que nous avions volontairement abandonné les vaches pour les membres de nos tribus. » Le soir même, les Arabes se vengent : ils rassemblent tous les esclaves dinka et ouvrent le feu sur les hommes et les femmes sans défense. Tous les Dinka adultes sont tués. Seul un groupe d’adolescents, dont Chan, est laissé en vie. Ils sont ramenés à Muglad avec les troupeaux et tenus captifs ensemble dans un camp durant un certain temps.

Les esclavagistes veulent faire un exemple particulièrement cruel et ne se soucient pas de la réalité des griefs retenus contre les esclaves. Avec horreur, Chan raconte : « Un jour, nous avons tous dû nous aligner. Quatre d’entre nous ont été appelés par leur nom. Ils ont subi des mutilations atroces aux parties génitales, tandis que les autres étaient forcés à regarder. » Chan, lui aussi, est torturé de cette manière terrible et humiliante. « Après quelques jours, les autres ont été libérés de leur terrible souffrance et sont morts, continue Chan. Moi-même, je suis le seul à avoir survécu à la torture. Mais durant plusieurs mois, je ne pouvais presque pas bouger à cause des douleurs. »

Durant cette période de souffrance indicible, Chan reste dans le camp. Ni son maître ni les autres Arabes ne font attention à lui. Chan peut en profiter pour s’enfuir au cours d’une nuit de mars 2017. Il rejoint rapidement un libérateur d’esclave de CSI dont il a entendu parler et peut être rapatrié au Soudan du Sud. Avec d’autres Dinka libérés, Chan est ramené au Soudan du Sud, ce pays qu’il ne connaît pas.

Chan est reconnaissant de pouvoir maintenant vivre comme un homme libre dans sa patrie d’origine et d’avoir accès à des soins médicaux dans la clinique de CSI. Le « kit de survie » de CSI (cf. encadré) sera une grande aide pour lui. « J’espère que je pourrai aller à l’école et construire une existence pour moi », dit-il en prenant congé.

Reto Baliarda


Aide au départ pour les esclaves affranchis

Depuis 1995, CSI libère des personnes qui avaient été déportées du Soudan du Sud actuel au Soudan et vendues comme esclaves. Jusqu’à aujourd’hui, CSI a pu libérer plus de 100 000 esclaves.

Un aperçu du programme CSI pour la libération d’esclave :

  • Libération d’esclaves | Moyennant un réseau d’intermédiaires arabes, les Sud-Soudanais asservis sont localisés au Soudan et libérés. Ensuite, ils sont amenés dans un lieu de rassemblement secret d’où ils sont raccompagnés au Soudan du Sud en traversant la frontière.
  • Aide au départ | Chaque esclave affranchi reçoit un « kit de survie » contenant des ustensiles importants, comme un récipient pour l’eau, des bâches et des moustiquaires, ainsi qu’une chèvre laitière et du sorgho. Le sorgho (nom latin sorghum) appartient à la famille du millet. Cette plante herbacée résistante est cultivée comme plante fourragère ou pour ses graines. Il s’agit de la cinquième céréale la plus cultivée au monde.
  • Aide médicale | Les affranchis reçoivent un premier traitement médical dans la clinique de brousse de l’infirmier CSI Daniel Deng. Les cas graves sont transférés à l’hôpital de Nairobi, la capitale du Kenya.

Le champ d’activité de CSI dans la région du Bahr el-Ghazal n’est pas touché par les combats ravageant certaines parties du Soudan du Sud. C’est notamment pour cette raison que de nombreux réfugiés de guerre ont cherché un refuge dans cette zone.

Le Soudan du Sud compte environ douze millions d’habitants. La superficie du plus jeune État du monde s’élève à 644 329 m2, soit près de 16 fois la Suisse.

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Mission Soudan du Sud