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Dans le collimateur du nationalisme hindou

26 avril 2017

Le nationalisme hindou prend de plus en plus d’ampleur. L’objectif avoué du parti au pouvoir BJP consiste à faire de l’Inde un pays entièrement hindou d’ici à 2021. Les minorités religieuses comme les chrétiens et les musulmans sont soumis à une pression croissante.



L’Inde est en pleine phase d’expansion économique. En 2015-2016, la croissance du PIB a été de 7,6 %. Au niveau mondial, l’Inde figure parmi les pays les mieux classés. Mais l’évolution de l’économie ne peut pas être mise en corrélation avec la situation inquiétante des minorités religieuses.

Au premier abord, les chrétiens d’Inde semblent de moins en moins menacés, puisqu’aucune attaque mortelle de l’ampleur des massacres de 2008 au Kandhamal n’est à déplorer (à cette occasion, 100 chrétiens avaient été tués). Mais l’avocate Me Arora met en garde : « Le chaudron est en ébullition ! » Avec le soutien de CSI, son équipe de juristes soutient dans tout le pays les communautés chrétiennes qui ont été attaquées par des foules hindoues en furie. Elle témoigne : « De nombreux chrétiens vivent dans la peur continuelle d’être agressés. »

Les attaques fatales sont toujours possibles

Les agressions de nationalistes hindous contre les chrétiens ne sont pas rares, comme le révèle le site web www.speakoutagainsthate.org : 219 crimes contre des chrétiens ont été recensés en 2016 et 123 d’entre eux ont donné lieu à des manifestations de violence. Il est vrai que dans l’État de l’Odisha (notamment dans le district du Kandhamal), on ne relève que peu d’attaques contre les chrétiens, mais dans d’autres États fédéraux tels le Chhattisgarh, l’évolution est inquiétante.

Certes, ces attaques n’ont que rarement des conséquences mortelles, mais Me Arora met en garde : un massacre tel celui qui a eu lieu au Kandhamal peut se reproduire n’importe quand et n’importe où en Inde. La situation est explosive, poursuit-elle : « Un incident mineur – par exemple un coup donné par inadvertance par un chrétien à la tête d’un hindou lors d’une rencontre sportive – pourrait provoquer un épisode violent. De même, des propos critiques à l’égard de l’hindouisme peuvent entraîner la mort. »

Les musulmans se défendent

Tout comme les chrétiens, d’autres minorités telles les musulmans s’inquiètent de l’intensification de la propagande religieuse en Inde. Les musulmans représentent environ 14 % de la population indienne. Ils habitent principalement dans le nord du pays et à proximité de la frontière avec le Bangladesh. Ils sont fréquemment victimes d’attaques mortelles et sont discriminés systématiquement au quotidien. Toutefois, contrairement aux chrétiens, ils réagissent parfois violemment pour se défendre.

Dans ce contexte, l’un des événements les plus dramatiques de ces dernières années a eu lieu au mois de septembre 2013 à Muzaffarnagar, dans l’État fédéral de l’Uttar Pradesh. De violents heurts ont entraîné la mort de 42 musulmans et de 20 hindous. Plus de 50 000 personnes ont été expulsées. Pour ramener le calme, l’armée a été mobilisée et un couvre-feu de deux semaines décrété.

En 2015, selon le Times of India, 751 attaques pour motifs religieux ont été recensées, causant en tout 97 victimes. Dans la plupart de ces cas, les agresseurs étaient hindous et les victimes musulmanes.

Des peurs irrationnelles sont attisées

En Inde, un véritable système est mis en place pour entretenir les ressentiments des hindous envers les minorités ; selon Me Arora, de nombreuses campagnes visent à raviver une peur sans fondement : celle de voir les hindous devenir un jour minoritaires en Inde : « Cette crainte est absolument irrationnelle : même si la proportion des hindous a quelque peu diminué chez nous ces dernières années, il reste environ 80 % d’hindous, cette diminution est donc négligeable. »

Cependant, les grands médias qui font trop souvent l’opinion publique sont habiles pour inventer des scénarios propres à jeter de l’huile sur le feu. Tout cela sert également les objectifs du Bharatiya Janata Party (BJP), le plus grand parti gouvernemental, qui prône le nationalisme hindou (Hindutva) et qui a une grande influence sur les médias indiens. Le projet du BJP consiste à faire de l’Inde un État à 100 % hindou d’ici à 2021 !

Mais faut-il vraiment prendre cela au sérieux ? « Oui ! », nous répond Me Arora. On relève en effet de nombreuses tentatives dans différents domaines pour imposer cette vision exclusivement hindoue du pays ; ainsi, l’application des lois « anticonversions » devrait être accélérée en Inde. Théoriquement, ces lois visent à empêcher les conversions forcées ; malheureusement, dans la pratique, elles sont souvent utilisées de façon abusive pour empêcher des hindous de se convertir à une autre religion.

ONG entravées par l’Hindutva

Les ONG internationales sont toujours plus refrénées et les programmes d’aide en Inde sont de plus en plus difficiles à mettre en place : ainsi tout récemment, les ONG chrétiennes Compassion et Tearfund ont été contraintes de mettre fin à leur travail en faveur des enfants dans la détresse, suite à la modification d’une loi interdisant l’admission et l’utilisation de fonds étrangers pour toute «activité préjudiciable à l’intérêt national». Or plusieurs ONG ont ainsi été arbitrairement accusées d’œuvrer contre l’intérêt de l’Inde. Par ailleurs, l’an dernier, le gouvernement indien a refusé d’accorder un visa d’entrée à la Commission américaine sur la liberté religieuse (USCIRF).

L’Hindutva est aussi promu par le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une autre organisation hindoue radicale proche du BJP. Le RSS s’est désormais infiltré dans les médias, dans les organes de sécurité et dans la justice du pays, mais aussi dans les universités et les écoles.

L’Hindutva prend aussi pour cible les enfants. Me Arora donne deux exemples : « Dans de nombreuses écoles, le yoga (qui a une forte connotation religieuse en Inde) et le sanskrit (langue des textes religieux hindous) sont désormais des matières obligatoires. Dans le même élan nationaliste, les foyers d’enfants non hindous sont régulièrement forcés de mettre la clef sous le paillasson. »

Reto Baliarda


Autres minorités

Selon Me Arora, le sikhisme et le bouddhisme sont considérés comme des extensions de l’hindouisme et leurs membres ne sont en principe plus persécutés. Contrairement aux hindous traditionnels, les sikhs rejettent le système des castes. Dans les années 1980, ces derniers luttaient encore pour obtenir un pays autonome qui aurait englobé l’État du Pendjab. En 1984, Indira Gandhi a été assassinée par ses gardes du corps sikhs alors qu’elle était Premier ministre. Suite à cet attentat, 3000 sikhs avaient été tués en quelques jours et environ 100 000 autres avaient fui Dehli pour le Pendjab.

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